Cheikh Mouhamadou Fadl Mbacke (1888-1968)

L’hagiographie mouride rapporte la naissance de Cheikh Mouhamadou FADL à 7 mois de celle de Cheikh Mouhamadou Moustapha son aîné, soit le 27 du mois de Rajab qui coïncide précisément avec le jour du voyage nocturne du Prophète (PSL), ou Mihrâj, au cours duquel furent révélées les cinq prières canoniques. Cette naissance eut lieu à Darou Salam en l’an 1305 de l’hégire du Prophète (PSL) soit 1887/88 de l’an romain. La mère s’appelle Sokhna Awa Bousso et est originaire de Affé dans le Sud du Djoloff.
Il entama ses études coraniques chez Serigne Ndame Abdou Rahmane LO à Darou Halimou-l-Kabîr, village plus connu sous le nom de Ndame. Il effectuera plus tard le » Tadjid » (ou l’art de comprendre le texte coranique) avec son oncle Mame Mor Diaara puis avec Mame Thierno Birahim.
Il habita avec son père à Mbacké-Bâri et fit aussi partie de ceux qui le rejoignirent dans son second exil à Saout-el-Ma en Mauritanie. C’est là bas que le Cheikh, l’ayant un jour réuni avec son frère Cheikh Modou Moustapha et son cousin Mor Rokhaya BOUSSO leur tint ce discours : « Je ne suis le père, ni le frère, ni l’oncle d’aucun d’entre vous. Je suis une créature vouée au Service de son Seigneur.

Et ceux d’entre vous qui auront choisi de suivre le chemin tracé par mon Seigneur, ceux-là seuls, seront mes fils, mes frères, mes neveux, mes talibés », C’est ce jour là qu’il renouvela son serment d’allégeance et son engagement indéfectible de demeurer au service du Cheikh pour la FACE de l’Eternel. C’est pourquoi il déclara dans un poème : » Nos espérances reposent en toi, ô toi qui nous à ouvert les portes de la Félicité. Je t’échange en ce jour mon rang de fils en contrepartie de l’honneur d’être ton disciple. Et quand tu daignera me gratifier de cet honneur insigne je te prierai de l’accepter comme mon offrande de disciple ».
Après quatre années de séjour en Mauritanie Cheikh Mouhamadou FADL restera encore avec son père à Thiéyène puis à DIOURBEL à partir de 1912. Il est rapporté que de là à 1927, date de la disparition du Cheikh, il fit de mémoire 28 copies reliées du Saint Coran dont il fit don à son père. Il lui offrit également sa maison, sise alors avenue de la gare à DIOURBEL, qui était une belle demeure couverte de tuiles rouges avec, à chaque angle, le signe de l’étoile et du croissant. Le Serviteur du Prophète lui exprima ce jour là sa reconnaissance à travers un verset qui accordait à DIEU Seul le pouvoir de le récompenser.
C’est également à l’issue de ses recherches que la carrière de Ndock fut découverte et que le Cheikh lui assignat comme but de sa vie l’édification de la Mosquée de TOUBA.
Huit mois après la disparition de son père, Cheikh Mouhamadou FADL entreprit le Pèlerinage aux lieux Saints de l’Islam en compagnie de ses oncles Mame Cheikh Anta Mbacké et Serigne Mbacké Bousso, de El Hadj Mayoro Fall, Serigne Moulaye Bousso, Serigne Mandiaye Diop et de Serigne Ibrahima Dia. Au cours de ce périple, du 7 mars au 28 juin 1928 à bord du bateau « AMASTY », les pèlerins eurent l’opportunité de visiter : au Maroc la Mosquée construite par Moulaye Hassan en 1315 Hégire, en Egypte les tombeaux du Prophète Daniel, celui de Luqman, de Mouhammad Busri et Abdoul Abbas Al-Masri à Alexandrie ; puis au Caire le mausolée de Ahmad Al-Bakari, celui du Compagnon du Prophète (PSL) Umar Ibn AL-?AS, de Sidi Kalil, de Rokhaya soeur de Hassan, de Hussein puis l’Université Al-Azhar. Ils visitèrent naturellement le tombeau du Prophète (PSL) à Médine puis ceux de ses Califes « Râchidoûn » (Bien-Guidés), des compagnons, ceux de la famille du Messager (PSL) puis la première Mosquée construite par le Prophète (PSL): Al-Khoubâ.
El Hadj Fallou eut même le rare privilège de pénétrer le 21 mai à l’intérieur sacré de la Kaaba où il effectua 8 rakkas.
Les liens qui unissaient Serigne Fallou à son aîné (le Calife) Cheikh Mouhamadou Moustapha dépassaient à telle enseigne le seul cadre de la consanguinité que le Calife lui demandait très souvent de baptiser les nouveaux villages qu’il créait. Serigne Fallou écrivit ainsi à l’occasion de l’inauguration de Taïf : « Ô toi qui erres dans la crainte des calamités de ton temps, trouve refuge chez le Calife Moustapha à Taïf. »
Il réitéra ainsi avec le successeur de BAMBA les liens d’allégeance et d’affection profonde qui l’unissaient à son père, dévouement qui se traduisit notamment par son adhésion totale à l’effort d’édification de la Mosquée avec son frère dont il fut, un jour de 13 juillet 1945, préposé à la succession.
Le contexte d’investiture du nouveau Calife est cependant loin d’être favorable : dus aux aléas de la récession mondiale des années 30 et à la seconde guerre finissante, le chantier de la Mosquée a été suspendu depuis 1939. El Hadj Fallou dut donc s’atteler à la tâche de la relève à travers différentes mesures de tous ordres. Tout d’abord, en accord avec le conseil de famille, il décida que la concession de 400 hectares, noyau de la ville de TOUBA, constituera une propriété indivis entre les descendants en ligne directe du Cheikh.
Le Magal sera désormais célébré à l’anniversaire du départ en exil au Gabon, c’est à dire le 18 du mois de Safar, conformément à un voeu du Cheikh formulé à DIOURBEL, et non plus le 19 Muharram anniversaire de sa disparition.
Il fixera la participation volontaire au budget de la Mosquée à 28 f par tête; le chiffre 28 représentant la valeur numérique du mot « TOUBA ». Le 9 février 1948, il est décidé que toutes les sommes collectées seront déposées en banque sur un compte « Mosquée-TOUBA ».
A la reprise des travaux en 1949, il fallut entreprendre de profonds réaménagement sur les plans et devis initiaux du projet et avec toujours l’engagement sans faille de milliers d’adeptes, la Grande Mosquée de TOUBA fut enfin inaugurée le 07 juin 1963. Elle fut, peu après, visitée par Serigne Abdou Aziz SY, Calife des Tidjanes, El Hadj Thierno Seydou Nourou TALL, Ahmadou BELLA, Sardana de Sokoto etc.
Le Califat de Serigne Fallou a été aussi marqué par le soutien constant qu’il apporta à l’ancien président de la République Léopold Sédar SENGHOR avec qui il entretenait des liens très étroits, en devers des différences de confessions mais en vertu d’une certaine conception de l’humain et de la Nation.
Le Califat de Cheikh Mouhamadou FADL fut également placé sous le signe du grand nombre de réalisation qu’il effectua dans le monde mouride. C’est à lui que l’on doit notamment le lotissement de la ville de TOUBA sous l’instigation visionnaire de son neveu Serigne Cheikh Mbacké. Il entreprit également le prolongement de la voie ferrée de TOUBA – Gare à TOUBA Mosquée, l’implantation de forages à Darou Mousty, Touba Bogo etc., sans parler de son immense contribution au développement de l’agriculture et à la diversification des cultures dans la région de Diourbel. Il développa aussi nombre d’implantations comme le village Ndindy en 1913.
C’est dans la nuit du 06 août 1968 que El Hadj Mouhamadou Fallou Mbacké s’éteignit à TOUBA après avoir vécu un nombre d’ans correspondant au nombre de verset de la sourate Ya-Sin : 83 qui est aussi la valeur numérique du « Jëf » signifiant oeuvre. La douleur indescriptible qui frappa le monde mouride traduisit sa consternation à la perte d’une homme qui marqua tous les esprits par sa générosité, bonhomie, son humour mais aussi par son sens du dévouement, son orthodoxie et son charisme. C’est depuis donc ce jour que, dans cette enceinte à laquelle il consacra sa vie, il repose, à l’Est de son père et qu’il résidera à tout jamais dans des milliers de coeurs qui chanteront éternellement la gloire de « Baye Galass ».

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